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Service d'assistance pour offensés en manque de contexte historique
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Merci d'avoir composé le 1-800-WOKE-24/7. Votre indignation est importante pour nous. Pour le traitement de votre plainte, veuillez vous assurer d'avoir en main votre sentiment de culpabilité collective, votre notice biographique de Jean-Jacques Rousseau, et une liste préparée des groupes responsables de tous vos malheurs. Un agent sera disponible dès que votre catégorisation sera complète.
Cette ligne d'aide est dédiée à ceux qui ont découvert l'histoire coloniale sur les réseaux sociaux et qui n'en sont pas encore revenus.
Il existe, dans certains cercles militants, une figure anthropologique persistante : celle du peuple autochtone existant dans un état de plénitude originelle avant l'arrivée des Européens, figure que l'on aurait ensuite corrompue par simple contact. C'est du Rousseau de seconde main, vulgarisé à la sauce militante, appliqué avec une condescendance que ses auteurs ne perçoivent pas.
Jean-Jacques Rousseau, rappelons-le, n'a jamais mis les pieds en Amérique du Nord. Son « bon sauvage » était un instrument de critique philosophique de la société européenne, non une description ethnographique fiable. Projeter ce mythe sur les peuples autochtones réels revient à les priver de ce que tout peuple possède : une histoire politique complexe, des alliances, des conflits, des stratégies, des rivalités internes.
Les Premiers Peuples n'étaient pas une nappe de brume spirituelle flottant au-dessus du continent en attendant d'être profanée. Ils étaient des acteurs politiques. Ce qui s'est passé est suffisamment grave pour être dit sans avoir besoin de l'embellir avec de la mythologie du eighteenth siècle.
En 1701, à Montréal, des représentants de plus de trente-neuf nations autochtones se réunissent avec les Français pour signer un traité de paix qui met fin à des décennies de guerres iroquoises. Ce n'est pas un document de reddition. C'est un accord diplomatique multipartite, négocié par des interlocuteurs souverains, chacun portant ses intérêts propres.
La relation franco-autochtone n'a pas été celle d'un rouleau compresseur contre une feuille de papier. Elle a été, en de nombreux chapitres, une relation d'alliance complexe, parfois intéressée, parfois authentique, toujours politique. Les Hurons-Wendat, les Abénakis, les Algonquins ont fait des choix stratégiques. Leur agir politique mérite d'être reconnu, pas effacé sous le vernis du victimisme intégral.
Réduire cinq siècles d'histoire à l'équation « Européens = colonisateurs = coupables » n'est pas de l'antiracisme. C'est de la paresse intellectuelle habillée en vertu morale. Si le 1-800-WOKE-24/7 vous semble offensif par cette affirmation, composez l'étoile et veuillez patienter — votre appel sera traité dans l'ordre d'arrivée.
Voici un problème que l'analyse woke dans sa forme la plus rudimentaire ne sait pas gérer : que faire d'un génocide culturel perpétré par des Blancs contre des Blancs ?
Le Grand Dérangement de 1755 est l'expulsion forcée, par les autorités britanniques, de plus de dix mille Acadiens français de leurs terres. Des familles déchirées. Des villages brûlés. Une culture qu'on cherche à éradiquer. On estime que près d'un tiers ou plus d'un quart des déportés mourront en route ou en exil.
Dans le cadre analytique où homme + blanc = oppresseur, cet événement pose un problème logistique considérable. Les oppresseurs sont blancs. Les oppressés sont blancs. Le système de catégorisation se retrouve court-circuité. La solution, dans certains discours, consiste à ne simplement pas en parler. Ou, mieux encore, à soutenir que puisque les victimes étaient blanches, que ce n'est pas vraiment un génocide.
C'est le moment où la simplification cesse d'être innocente. Nier la qualification de génocide à un événement historique parce que la couleur de peau des victimes ne cadre pas avec le schéma préétabli, c'est instrumentaliser la souffrance historique à des fins identitaires contemporaines. C'est exactement ce que la vérité et la réconciliation refusent de faire.
Les autochtones qui réclament vérité et réconciliation ont raison. Profondément raison. Les pensionnats, la stérilisation forcée, la dépossession systématique, les femmes et filles autochtones disparues et assassinées — tout cela exige un regard direct, sans esquive, sans relativisation.
Mais dire la vérité, c'est aussi accepter la complexité de ce que cette vérité contient. Ce n'est pas remplacer un récit simplifié (les Blancs ont tout apporté) par un autre récit simplifié (les Blancs ont tout détruit). La vérité historique est inconfortable précisément parce qu'elle déborde les catégories confortables.
Elle inclut les alliances et les trahisons. Les traités honorés et les traités violés. Les missionnaires qui ont sauvé des vies et ceux qui en ont brisé. Les colons qui ont appris les langues et ceux qui ont tenté de les effacer. Elle inclut aussi des peuples autochtones qui ont collaboré avec certains Européens contre d'autres peuples autochtones, parce que c'est ce que font les acteurs politiques depuis l'origine des temps : ils naviguent.
Réduire tout cela à un tableau mélodramatique en deux couleurs n'est pas rendre hommage aux victimes. C'est une simplification qu'on pourrait qualifier de raciste.
Il y a quelque chose de profondément révélateur dans la popularité de l'équation homme + blanc = méchant. Elle n'est pas simplement inexacte. Elle est fonctionnelle. Elle offre ce que l'analyse historique véritable ne peut pas offrir : la certitude immédiate.
L'histoire est une discipline exigeante. Elle demande de lire, de nuancer, de supporter l'ambiguïté, de réviser ses conclusions à la lumière de nouvelles sources. Le raccourci identitaire, lui, est disponible immédiatement, ne nécessite aucune formation préalable, et offre en prime le bénéfice d'une communauté solidaire partageant les mêmes certitudes.
Dans un écosystème informationnel saturé de désinformation, où la simplification est récompensée par l'algorithme, ce type de raccourci se répand avec l'efficacité d'un pathogène adapté à son milieu. Il n'est pas le produit d'une mauvaise foi, le plus souvent. Il est le produit d'une éducation historique insuffisante rencontrée par une offre militante bien rodée.
La bonne nouvelle, c'est que l'ignorance se soigne. La mauvaise, c'est qu'elle ne se soigne pas à coups de slogans.
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Merci d'avoir appelé le 1-800-WOKE-24/7. Nous espérons que votre expérience a été satisfaisante. Si votre catégorisation s'est avérée insuffisante à rendre compte de la réalité historique, nous vous invitons à raccrocher et à ouvrir un livre. Plusieurs sont disponibles dans votre bibliothèque municipale, sans frais, et sans que personne ne vous juge pour votre méconnaissance initiale.
L'histoire n'est pas une arme. C'est une discipline. Ceux qui en ont besoin d'une le diront différemment, mais leurs appels sont actuellement en attente.