Le communautaire fonctionne comme une soupape invisible du système public. Il absorbe les externalités que le système génère mais refuse de comptabiliser — les sans-abri, les sortants de psychiatrie, les nouveaux arrivants désorientés, les gens qui tombent entre les mailles — et il le fait avec des budgets de misère, souvent sur le dos de travailleurs sous-payés ou de bénévoles épuisés.
Le mécanisme est précis : le système public externalise ses coûts vers le communautaire, qui à son tour les externalise vers ses employés et ses bénévoles sous forme de surcharge, de détresse au travail, de roulement. La fragilité ne disparaît pas, elle se déplace vers les maillons les moins protégés.
Ce qui est particulièrement cynique, c’est que ça fonctionne au sens comptable du terme. Les tableaux de bord institutionnels semblent corrects parce que les coûts réels ont été transférés hors du registre. Un patient sort de psychiatrie — le lit est libéré, la statistique est bonne. Ce qui arrive ensuite n’est le problème de personne, officiellement.
Et la grève révèle ça : quand le communautaire s’arrête, on voit soudainement l’ampleur de ce qu’il portait à bout de bras. C’est souvent le seul moment où le système reconnaît tacitement sa dépendance.
La question politique qui s’ensuit est difficile : est-ce qu’on veut intégrer et financer correctement ces fonctions dans le système public — avec le risque de les bureaucratiser et de perdre la souplesse qui fait la valeur du communautaire — ou est-ce qu’on reconnaît le communautaire comme un partenaire structurel à part entière, avec un financement à la hauteur de ce rôle réel ?