Benjamin Creme, espèce de Jean-Baptiste de Maitreya des temps modernes, dans la tradition théosophique, a une vision qui secoue : il qualifie Staline de "gris". Ni tout à fait blanc – aligné avec la Hiérarchie spirituelle des Maîtres de Sagesse –, ni franchement noir comme les Forces des Ténèbres.
Et Mao dans le même bateau, potentiellement ? Plus ou moins parce qu'une grosse partie de son œuvre aurait fait partie du plan, mais ça pose quasiment plus de problèmes que de réponses à notre questionnement parce qu'au moins une bonne partie de ces actions sont explicitement impossibles à aligner avec le plan de la hiérarchie.
Ça pose plusieurs questionnements éthiques, parce que ça semble relativiser les purges staliniennes, les famines maoïstes, ces horreurs qui ont fait des dizaines de millions de morts. Est-ce qu'on pardonne si facilement au nom d'un grand équilibre cosmique ?
Partons du début. Chez Creme, il y a cette ambiguïté fascinante – parfois, on se demande si c'est lui qui parle ou un maître qui est canalisé au travers de ses paroles. Mais il a clairement dit ceci : "Je ne place pas Staline chez les noirs, mais il est gris."
Pour lui, le monde spirituel se divise en ces camps : les blancs au service du Plan divin, les noirs qui sabotent tout, et les gris au milieu, pas vraiment engagés mais pas non plus des agents du mal absolu.
Pensez aux Grey Jedi dans Star Wars – ces types qui trouvent l'équilibre en acceptant le côté sombre sans lui céder. Appliquer ça à des dictateurs responsables de goulags et de la Grande Famine, c'est osé. Est-ce pertinent, ou juste une façon commode de tout relativiser ?
Du point de vue de la Hiérarchie, il menace l'environnement même nécessaire à nos corps biologiques – pollution, épuisement des ressources, tout ça. Le communisme, même sous ses formes les plus brutales, jouerait alors un rôle de contre-poids karmique, un équilibre nécessaire face à cet excès. Creme l'avait vu venir avec les USA : un risque militaire énorme, qu'on mesure aujourd'hui avec Trump à la barre, réélu et inauguré en 2025. Il avait raison sur ce point, militairement, c'est une puissance qui peut tout faire basculer.
Ce qui gêne, c'est que cette grille macro éclipse la responsabilité écrasante des dictatures. Prenez le Moyen-Orient, que Creme lui-même appelle "la bombe sur laquelle le monde est assis". Qui la déstabilise vraiment ? Pas seulement l'Occident. Les régimes comme l'Iran – héritiers spirituels des dynamiques staliniennes ou maoïstes – subventionnent des attentats, comme ceux du 7 octobre, probablement par la Russie aussi, et ça, c'est du chaos concret, pas une abstraction hiérarchique. Et n'inversons pas l'histoire : ce n'est pas la Corée du Sud qui a envahi le Nord en 1950, c'était l'inverse, avec Staline et Mao en coulisses.
"Gris" ne veut pas dire "du bon côté du Plan", loin de là. Ça décrit juste une zone intermédiaire, un rôle involontaire dans l'évolution planétaire. Mais du coup, est-ce que ça excuse les génocides ? 20 à 60 millions sous Staline, 40 à 80 sous Mao – ces chiffres ne s'effacent pas parce que le capitalisme est le "pire danger" environnemental. Creme priorise le point de vue macro, probablement dicté par son maître, et c'est cohérent dans son cadre ésotérique d'un plan planétaire. Mais éthiquement, ça coince : la souffrance humaine ne pèse pas moins lourd.
Les USA sous Trump incarnent ce risque militaire et environnemental que Creme dénonçait – un capitalisme qui pourrait tout ravager. D'accord sur ce point. Mais ça n'absout pas les dictatures pour autant. Elles aggravent le bordel géopolitique, financent le terrorisme, et leurs legs empoisonnent encore le monde. Creme tape juste sur le capitalisme comme menace ultime pour la planète, mais on ne peut pas zapper le mal qu'elles ont semé en le qualifiant de gris du revers de la main.
Au bout du compte, je souscris au cœur de sa vision : le capitalisme débridé est bel et bien le plus grand danger environnemental macro, celui qui peut détruire les bases mêmes de la vie humaine. Creme avait raison là-dessus. Mais reconnaissons-le sans pour autant excuser l'horreur inexpiable des dictatures stalinienne et maoïste. Leurs crimes restent intolérables, hors de tout "équilibre" hiérarchique. Une hiérarchie spirituelle n'efface pas le sang versé – c'est là la nuance qui compte. Qu'en pensez-vous ?